Textes

Ecrire, peindre et dessiner, écrire et penser, mêler les deux,               autofiction 

"Bienvenue dans  l'Anthropocène" 

Episode 1 : L'Alarme :

"Elle", c'est peut-être moi, enfin moi il y a pas mal d'années, moi à son âge, déterminée, engagée, révoltée. Je me suis "reconnue".

Mais c'est ma fille aussi, et depuis peu, cette jeune suédoise aussi, celle qui a pris la parole et qui entraîne les jeunes de son âge et dont je viens d'entendre parler.

"Elles" en somme.

 

         "lui", c'est un renard. Et c'est important, ce n'est pas un loup ou un chien ou un lapin.

L'avez-vous bien regardé ?

Il a le même air déterminé qu'elle. Il annonce et prolonge son geste et sa révolte à elle.

Et pourtant, l'avez-vous bien regardé ? Ses pattes, avez-vous bien regardé ses pattes ? Et son œil ?

Ce renard n'est plus. Il n'est qu'une image, une photographie de Claudine Doury,

https://www.eyesinprogress.com/wp-content/uploads/27.Le-renard-2009-940x626.jpg

l'image d'une image (celle que je commence à dessiner), l'image d'un renard empaillé, l'image d'un renard qui a été vivant.

 

         Cette photographie se suffit à elle même. C'est déjà une œuvre d'Art.

Et pourtant, c'est là que se joue la vie et l'Art, l'Art dans ma vie, et j'espère dans la vôtre.

Par les rencontres d'images et d'idées, les rencontres de hasard, de temps, d'émotions. Et après la rencontre, l'association et le partage, le re-jeu.

Car on pourrait laisser tout cela sagement juxtaposé. Ne pas l'embrasser au sens de prendre dans ses bras, comme, elle, a pris le renard.

 

         Or, j'ai "décidé" de prendre tout ça à bras le corps,

                                                        d'associer tout cela, et de vous y associer aussi.

 

         Je l'ai "décidé", mais cela s'est imposé aussi, tout seul, par accumulation des signes que voient ceux qui veulent les voir. Des signes comme des signaux.

Donc cette photographie d'abord qui m'interpelle, c'est le UN.

Puis, DEUX, le soir même, dans les phares de la Zoé, une renarde, puis deux renardeaux, là tout près d'ici, en bordure de la forêt, en bordure de la ville aussi en fait, comme dans le bois de Vincennes où, TROIS, le lendemain, une émission à la radio confirme que les renards sont de retour, et même mieux, se multiplient. Signe d'une bonne santé écologique aux portes des villes ? Bon signe, oui sûrement, dans un sens. Mais le renard est aussi un animal assez spécial, un animal sauvage certes, mais opportuniste. Ce n'est pas un loup. Les loups ne se multiplient pas aux abords des villes. Les renards eux se multiplient là où on les laisse tranquilles, mais aussi là où il y a des poubelles, et des rats, là où il y a des hommes en nombre en somme.

QUATRE, je vois une vidéo de renard dans les poubelles.

Je commence à peindre l'adolescente au renard. Au renard empaillé, mort.

Et si un jour, même les renards meurent.

Qu'est-ce que cela voudra dire ?

CINQ inquiétude qui a un nom : biodiversité.

Qu'est-ce qu'il faut faire ?

Qu'est-ce que je peux faire ?

SIX, j'entends encore parler de parler de la jeune Greta Thumberg, cette fois je retiens son nom, et sur les photos elle a parfois un air de ma jeune russe au renard.

 

Alors arrive un autre signe, le titre d'une émission sur France Culture, la radio que j'écoute tout le temps : SEPT : "Bienvenue dans l'Anthropocène".

Bien-sûr, c'est mon titre, c'est de cela que je veux parler. C'est de cela que parle l'adolescente au renard.

C'est encore vague, le comment du pourquoi, pour moi.

 

Mais arrive encore un signe.

Il ne s'est pas passé 24 heures que mon génial ancien prof, Vincent Bizien, nous envoie des images et que dans ces images, je trouve un ange.

HUIT, j'ai toujours aimé les anges et le réconfort qu'ils apportent aux humains au dessus de Berlin comme au dessus de toutes les villes.

Mais ce n'est pas un ange, c'est une statue d'Hypnos, le dieu grec du sommeil.

Or, NEUF, mes recherches m'apprennent que ce dieu, il peut endormir ou réveiller les Humains.

 

Donc, voilà, pour moi c'est devenu clair : mon travail est un cri, une alerte, une alarme.

Il s'ajoute à d'autres voix, d'autres cris, d'autres peurs.

Celles qui s'expriment tous les jours autour de moi mais qui pour l'instant font si peu bouger les choses.

Et si je peux faire quelque chose, c'est donc sonner l'alarme à ma façon, en multipliant les formes, quitte à répéter plein de fois les mêmes images, mais différemment. Peindre plusieurs fois la fille au renard, plusieurs Hypnos…

Car, comme je crois que l'Art peut toucher profondément, il faut que j'espère qu'une au moins des formes que je prendrai, au moins une, vous touchera, et que peut-être, en les multipliant, je toucherai plusieurs d'entre vous.

 

S'endormir ou se réveiller, Humains, telle est la première question, la première étape…

C'est donc l'épisode 1 de "Bienvenue dans l'Anthropocène" à ma façon : l'alarme.

 

Ensuite, il faudra se demander que faire et comment faire, chacun séparément et tous ensemble.

L'épisode 2, ce sera sûrement ça. En fait, je ne sais pas encore.

En tout cas, le peintre Alberola écrit dans ses tableaux : "la sortie est à l'intérieur"…

A nous de la chercher chacun et ensemble.

Episode 2 : Au Milieu des Signes :
texte en cours d'écriture